Thursday, 09 September 2010

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TEAMCHMAN TRUE STORY
J'ai travaillé chez Teamchman de 1999 à 2004. Et sans vouloir me jeter des fleurs, je faisais partie de forces vives de cette boite. De l'énergie j'en ai mis, et les heures je ne les ai jamais comptées. Cette boite ça a été une véritable histoire d'amour, mais vous connaissez tous la chanson des Rita Mitsouko...
Comme pour chaque petite mort que la vie nous impose,  il y a un travail de deuil à faire. Et ce récit en fait partie.
Je vais essayer de vous raconter l'incroyable histoire de Teamchman telle que je l'ai vécue de l'intérieur...
Attention vos yeux chers internautes, Dallas et les frasques de JR à côté c'est vraiment dérisoire; vous allez voir!
Par quoi commencer? Allez hop, je sais!

***Chapitre 1: La bella vista***

1999, l'année dorée des start-up. Le boom internet propulse Teamchman, la jeune pousse en haut du panier des contenus on line. La boite est promise à une croissance forte et rapide, elle a besoin de ressources. J'entre dans le business grâce à Rolito, déjà posté sur son Mac flambant neuf... Ma petite Bande Dessinée Mutafukaz a fait mouche, et les têtes pensantes réflechissent déjà à ce qu'on va bien pouvoir en faire. A l'époque la structure compte 10 personnes à tout casser, et ils ont besoin de créatifs purs et durs! Il y a de la demande!!!
 C'est une affaire qui semble bien partie, d'autant plus qu'un projet ambitieux et original commence à faire timidement ses premiers pas: Banja! Et c'est avec Banja que moi aussi j'ai fait mes premiers pas sur Flash. Je ne connaissais pas grand chose aux ordinateurs à l'époque, j'avais déjà entendu parler de ce logiciel, mais je ne l'ai découvert que petit à petit. A Teamchman j'étais le petit nouveau, et tout venait me le rappeler. J'étais le seul à ne pas avoir d'ordi approprié, je bossais sur le serveur et sur une chaise de jardin sur laquelle le Baron avait écrit au marqueur: "RON" avec le O barré remplacé par un U. Mais j'adorais venir bosser le matin, et j'apprenais mon boulot sur le tar, un peu tous les jours. Au tout début je coloriais juste les décors de Banja, je ne connaissais pas encore les fonctionnalités de Flash. C'était la version 02, la classe! Petit à petit j'ai eu le droit de colorier des persos avec un cahier des charges, puis des persos animés, puis j'ai pû enfin choisir moi même les teintes pour certains persos dont les couleurs n'étaient pas définies. Franchement pour moi à l'époque c'était le rêve! Avec Scien on trouvait que le personnage du fils du boucher avait l'air un peu malade, et on voulait introduire un autre perso, "Joël le Rubis", qui abuserait de lui en douce et lui ferait subir des trucs malsains sans que personne sur l'île de Banja ne s'en apperçoive. On a bien rigolé avec cette idée. Tony lui il rigolait moins... C'était lui le directeur artistique de Banja.

ImageOn était tous à bosser dans une joie et une euphorie incroyable, et même des fois si on se croyait dans un sous-marin,  une douzaine de mecs entassés dans 50m2, c'était formidable! On avait de l'énergie à revendre, et la presse ne s'y trompait pas, chaque semaine un nouvel article venait nous cirer les pompes.
Je me souviens que les jours passaient à une vitesse folle. De notre fenêtre on pouvait mater la voisine et ses allées et venues, et le midi on allait tous chez la boulanj' casser la dalle. La boulanj' avait toutes sortes de sandwiches à dispositon, mais pour nous c'était tous les mêmes: elle mettait tellement de mayo dedans qu'il était impossible de différencier le jambon du poulet ou du thon. La boulanj' était contente de nous voir arriver le midi, elle ne devait pas en croire ses yeux de vendre autant de sandwiches à la mayo!!! Alors peut être que ça la motivait à en mettre d'avantage le jour suivant. Et elle aurait mieux fait de se concentrer, parce que je me souviens qu'à chaque fois que je lui donnais un billet de 20f, elle me rendait la monnaie sur 100. Du coup je m'arrangeais toujours pour aller chez la boulanj' avec un billet de 20. C'était comme ça à l'époque.

Je manque à toutes mes obligations; je n'ai pas présenté les membres de la Team 1999. Je me dois de commencer par les chefs, les membres de la  DST comme ils se sont eux même appelés.

-Tout d'abord il y avait le BOSS, celui dont la boite portait à moitié le nom, enthousiaste, gentil mais plutôt désordonné. A l'époque il était très présent et il s'impliquait beaucoup dans le boulot. On disait de lui qu'il était une sorte de génie imcompris, je n'ai jamais trouvé, moi. Peut être simplement par ce que je le comprenais... Je le trouvais plutôt brouillon dans ses idées. C'est vrai que de temps en temps il y en avait une bonne qui surgissait. Mais elle était soit techniquement impossible à réaliser, soit tout simplement abandonnée en route et remplacée par une plus farfelue. Le BOSS était cool et je l'aimais beaucoup. Du moins au début, avant que tout le monde ne lui démonte la tête avec cette histoire de génie. Il était un peu barré dans ses histoires de Karmas et autres trucs indien, Ganesh et tutti quanti... Il voulait même faire à un moment l'histoire de Bouddah en flash. Pour monter sa boite, le Boss avait fait appel à un investisseur qui avait déjà sa propre boîte: L'homme de l'ombre. Le financier, le roi des demandes de subventions et autres entourloupes légales... Et l'Homme de l'ombre était assez discret au début. Il semblait nous faire confiance et comprendre ce que nous faisions.

-ZEN, le bras droit du Boss. Froid &  méthodique. Zen était du genre à tout tolérer. Sauf que des fois il t'envoyais sur les roses pour rien, mais toujours avec un air d'extrême tolérance et d'auto-suffisance. Je me suis toujours méfié de ces types là, les extrémistes de la tolérance. Ils ont souvent quelque chose à cacher. Un mec qui parle comme un sage tibétain quoi qu'il arrive, même pour dire qu'il a aimé un film la veille au ciné, je trouve ça louche, moi... Pas vous?

-MOKO, Mister pas-de-bol-aujourd'hui-peut-être-demain. Sauf que lui son demain c'était un perpétuel vendredi 13. J'avais énormément de tendresse pour Moko. C'était vraiment un mec bien, et gentil. Un mec bien, gentil, mais qui n'avait jamais de bol. Quels que soient les efforts qu'il faisait pour être bien il lui arrivait toujours une bricole. S'il était dans une file d'attente c'est son portable que le pickpocket  endormait. S'il sortait avec vous en soirée vous vous faisiez braquer ou casser la gueule. Si Airfrance crashait un de ses avion c'etait sur sa bagnole. Je me souviens d'un jour précis où il s'était acheté une religieuse au chocolat à midi à la boulanj'. Il l'avait gardée toute l'après midi, se faisant un régal d'enfin pouvoir la manger pendant la pause de 16h. A peine il avait croqué un petit bout dedans qu'elle lui échappa des mains pour aller s'exploser par terre. Je me souviens de sa phrase pleine de rage contenue et de désespoir: "OH NON! C'ETAIT SIII DELICIEUX!"  On a bien rigolé ce jour là avec Scien et Rolito.

-MALOU le musicien de l'équipe, qui s'occupait de tous les sound design et de toutes les musiques de Banja, avec son groupe "Funk 4 Sale", groupe de qui il se sépara quelques mois plus tard pour problèmes de contrat. Malou faisait vraiment du bon boulot. Il faisait partie des 3 créateurs de Banja, avec le Boss & Tony.

-TONY, directeur artistique et créateur graphique de Banja, qui disait pas grand chose. Avec Scien on disait qu'il devait y avoir un bouton on/off quelquepart caché sous ses vêtements, et que ça serait quand même bien de le trouver pour le mettre sur "on". Ca a bien changé depuis, Dieu merci! Tony fait aujourd'hui partie du crew SemperFI dont je fais moi même partie.

Image -DIEU, notre Commercial en chef, le genre de type sorti des belles écoles et qui sait tout sur tout, officier de réserve dans l'armée française et amateur de Jembé à ses heures perdues. Il m'a detesté dès l'instant où j'ai posé le pied dans la boîte. J'ai des antennes pour sentir ces choses là. Pour dire "ça baigne" il secouait sa main droite comme les surfeurs, le "hang ten" ça s'appelle je crois. Son truc à lui pour se faire passer pour un mec cool, un winner. En vérité un vrai petit chef, qui surjouait le mec cool de peur d'être démasqué... De temps en temps il pétait un câble parce qu'il avait trop de boulot, alors il gueulait et partait en claquant la porte.
En fait je pense qu'il était frustré de devoir représenter et vendre des créatifs alors qu'il aurait, à mon avis, toujours rêvé d'en être un.

-SCIEN, directeur artistique qui bossait sur Banja mais aussi sur d'autres projets de séries animées pour le web. Avec Scien on rigolait vraiment bien. Il avait sur son Mac toute une série de .wav d'une foule de spectateurs: pleins d'applaudissements, de petits clappements de mains à la standing ovation, des rires de toutes sortes, des rires de foule génée, enthousiaste ou hilare, des ooooh! des aaaah! Bref, tout le panel des émotions que peut ressentir une masse de spectateurs attentifs et réactifs. Alors Scien il improvisait des "one man show" avec un micro branché sur ses enceintes. Il racontait des histoires super hardcore et faisait réagir la foule au gré de ses feintes.  Et des fois il me faisait presque pisser dans mon pantalon. Ca énervait Tony à force, surtout quand il faisait ses blagues texanes bien reloues. Il enregistrait aussi toutes sortes de réclames sur "les promotions Teamchman  pour l'an 2000 / -50% tout doit disparaitre", parce que notre Commercial principal, "DIEU", était pas foutu de vendre nos truc à un prix convenable, même pendant l'explosion d'internet.

Puis le reste de la Team, non membre de la DST, les "non-fondateurs" en somme:

- Le Baron, l'homme de toutes les circonstances. Un chic type, la main sur le coeur. Sa phrase: "ALWAYS HERE FOR YOU". Au début il ne me revenait pas ce type, du genre à t'interrompre pendant une conversation en disant "ta gueule" gratuitement. Mais par la suite j'ai appris à connaitre le personnage et on s'est bien marré:)

- 9DAN, modeleur animateur 3d et developpeur-programmeur autodidacte. C'est comme ça que Scien l'avait baptisé, parce qu'il disait "qu'il devait bien être 9eme dan de karaté l'air de rien". 9DAN je l'aimais bien au début, un monde nous séparait mais c'était plutôt rigolo de déconner avec lui, avant que je m'apperçoive qu'il était plus calculateur que la casio FX 7800 que j'avais au lycée (celle qui faisait les fonctions et les graphiques).

- YAN, modeleur animateur 3d, fraichement sorti de Sup infocom, avec son joli catogan. Je m'entendais très bien avec lui, et c'est avec lui que j'ai fait plus tard le pilote de Mutafukaz.

-PRINCE VIKING, 2m de haut & les boucles rousses d'un programmeur flash hors norme.

-ROLITO & moi, les deux derniers arrivés, et qui faisaient les petites mains sur Banja.

Le sous marin était déjà tout juste pour nous tous, et on aurait jamais pû acceuillir plus de monde. Pourtant du monde il allait falloir en embaucher si on voulait fabriquer Banja!
C'est ainsi qu'ont commencé ce qu'on a appelé: "les travaux des nouveaux locaux", le réaménagement d'un vieux pensionnat de jeune fille en plein coeur de la zone industrielle de La Madeleine, une ville collée à Lille, terrassée par la crise du textile et le chômage. 500m2 à partager entre les deux boîtes de l'homme de l'ombre: Teamchman & Edito. Les travaux ont commencé sur les chapeaux de roues, et tout le monde était enthousiaste à l'idée d'agrandir un peu son espace vital. Surtout moi qui était toujours assis sur ma chaise de jardin à bosser sur le serveur.


***Chapitre2: Itland & les nouveaux locaux***


Le boss voulait faire de Banja un véritable univers persistant jouable sur internet, une espèce de GTA San Andreas peace & love. Pour se faire, on devait créer l'île (Itland), tous ses habitants,  et tout ce qui devait s'y passer. L'histoire principale de Banja, sa trame générale, devait se découvrir sur plusieurs épisodes, façon sitcom ou saga de l'été, mais en version jouable via le web. Une entreprise super ambitieuse et qui promettait bien des heures de travail en perspective! Détail rigolo,  le boss se vantait d'être à l'origine du premier jeu video dont le héro serait noir. Je me souviens pourtant avoir incarné Axel Fowley dans le jeu "Le flic de Beverly Hills" en 1990 sur mon Atari ST, bref. On appelle ça dans le jargon un argument commercial complètement bidon. Peu importe, finalement. Le projet était très intéressant et innovateur. Rien de tel n'existait à l'époque. Alors on s'est mis au boulot deux fois plus pour pouvoir ouvrir l'épisode 0), le pilote. Pas vraiment de scénar particulier pour le coup, juste montrer une partie de l'île et ses habitants, la maison de Banja et un début de piste amoureuse avec Zelia, une petite rouquine de l'île qui avait l'air de s'être faite siliconer. Moi, en plus du coloriage habituel, j'avais eu la responsabilité de créer les plantes de chez Banja, la plante à lait, à buh, j'en passe et des meilleures... ainsi que les différents livres dans sa bibliothèque, comme le livre des plantes, l'album photo etc... L'episode 0) avait fait beaucoup parlé de lui, et Banja semblait très prometteur. Grosses perspectives commerciales! Le boss s'est dit qu'il faudrait alors des commerciaux pour vendre cette bombe. Puis du renfort en 3d, notre secteur 3d était déjà saturé devant la masse de travail. Puis allez hop, dans la foulée pourquoi pas un spécialiste en jeu vidéo, un programmateur C++. On en avait pas besoin pour une prod. internet mais peut être que ça faisait bien d'en avoir un dans l'équipe. Ca a été la première erreur.
Pendant ce temps côté "travaux des nouveaux locaux" c'était pas beaucoup mieux. En fait, ça n'avançait pas d'un pouce. Les ouvriers, payés au black, prenaient tout leur temps. Le Baron avait été designé comme chef de chantier adjoint, ou un truc dans le genre. Bref, son rôle était d'aller sur place histoire de constater l'avancée des travaux et de foutre des coups de pieds au cul au cas écheant. Mais dès qu'il mettait les pieds sur le chantier, il était acceuilli par une bonne loupée de bière chaude, et puis une autre, si bien que quand il revenait vers nous, c'était avec un air en coin, et il nous disait: "vous inquiétez pas les gars, vous allez voir, on va être trooop bien!"
Mais au bout d'un moment on a quand même commencé à s'inquiéter, parce que le bail des anciens locaux arrivait à expiration, et qu'on allait se retrouver à la rue si les travaux ne se terminaient pas à temps. Remarque moi j'étais déjà paré avec ma chaise de jardin. On est allé constater tout par nous même, et là cauchemar: des câbles dans tous les coins, 2cm de poussière par terre et des ouvriers à la cool. Vous avez tous certainement déjà vu des ouvriers à la cool, il y en a un qui bosse et ses deux potes le regardent.
 ImageAlors l'homme de l'ombre s'est énervé et a tranché: "Puisque ça n'avance pas assez vite, alors il faut que des gars de chez Chman aillent aider les ouvriers". Au début ce message s'adressait à tous, mais au final on s'est retrouvé à trois guignols à poncer les murs des nouveaux locaux: Scien, Rolito et moi. J'en garde un assez bon souvenir avec le recul. On s'est bien marré même si c'était ultra relou, RTL toute la journée et la bouffe façon tchetchène le midi. Scien était tout fier de nous apprendre à poncer à l"'américaine". Moi j'étais vert que les autres tire-au-flan nous laissent tomber comme ça, mais bon.
Finalement les travaux se sont terminés juste à temps, et il y a eu une embrouille entre l'homme de l'ombre et les ouvriers, parce qu'ils n'avaient pas été payés comme convenus. Alors du coup, pour se venger, ils ont mis des oeufs durs dans les faux plafonds d'Edito, la boite principale de l'homme de l'ombre. Ils nous ont fait promettre de ne rien dire, et ont a jamais rien dit, même quand deux mois plus tard on devait se boucher le nez en traversant le couloir d'Edito qui menait à Teamchman. Personne ne savait pourquoi ça puait autant dans cette partie des locaux, certains disaient que c'était à cause de la Deule, le canal qui coulait à proximité. Nous, ça nous faisait rire en douce...

L'opus 1) de Banja est sorti au cours du mois de Juin 2000 je crois. La sortie avait pris énormément de temps vu qu'on était tous en rodage et qu'on tatonnait pour trouver notre propre technique de fabrication. Puis normalement après l'épisode 0 devait arriver l'épisode 1), un mois après. Seulement voilà, le boss s'est rendu compte qu'un univers peace & love c'est super, mais que c'est super difficile de trouver des trucs à raconter. D'autant plus que tout le monde devait être cool sur l'île et que Banja & consors ne devaient pas avoir d'ennemis. Alors les têtes pensantes se sont réunies.

***Chapitre3: un coup dans le dos***

Banja devait être un must incontournable! Le premier jeu en ligne persistant de l'histoire d'internet! C'était bien parti... Il aurait juste fallu que tout soit un peu optimisé, vu que d'un décor à l'autre fallait bien attendre 2 minutes que la page se charge... Banja a donc connu plusieurs évolutions. La première a été  de faire une librairie d'objets communs à tout le jeu... Parce qu'avant ça, chacun faisait le truc à sa sauce, et s'il y avait 100 arbres dans Itland, ils étaient soit tous différents, soit c'était les mêmes (controle C controle V), mais que l'ordi rechargeait à chaque fois... La mise en place de cette librairie commune à été longue, il fallait nous faire comprendre à nous, les graphistes, que le hip hop c'était terminé sur Itland, et qu'il fallait bosser de manière structurée. Ca a fini par rentrer, et au final ça a été une réussite, le jeu était moins lourd à charger.
Plus ou moins à la même époque, 9Dan avec qui je mangeais et qui était plutôt sympa jusque là, m'a demandé un truc: "Dis moi Run, ça t'intéresserait de faire un jeu vidéo, un vrai ?" Moi, enjoué: "Oui, bien sûr! pourquoi, t'as ça en projet"?
 Il avait ça en projet, effectivement, une espèce de gros jeu Heroic Fantasy, dans un monde gigantesque et persistant, un ancêtre de Dofus avant l'heure... J'étais déjà un peu plus refroidit, moi et l'heroic Fantasy ça fait deux, et cliquer sur un dragon pendant des plombes avec une épée magique ça m'a jamais vraiment fait rêvé... Mais je me suis dit pourquoi pas: C'est peut être le moment de créer quelque chose de différent... OK; on va faire un truc ensemble, mais peut-être plus dans la veine de Toriyama que dans celle de Warcraft et consors... Il était du même avis. Il m'a demandé si je croyais que d'autres mecs aimeraient bosser là dessus, et j'ai prévenu Yan & Rolito...

ImageOn était tous chauds! C'était l'époque des Pokemons, et 9dan voulait que ces persos soient évolutifs... Il fallait donc choisir une race, qui au départ était un petit truc inoffensif, qui allait évoluer en quelque chose de plus gros à mesure qu'il amasserait des points d'expériences dans diverses quêtes. Je me souviens de certaines races, les Narah-San-Sayans, petits guerriers véloces à la peau bleue, experts en sarbacane; les "Gros-Gros", créatures des cavernes qui mangeaient et lançaient des rochers, les je ne sais plus trop quoi sur lesquels bossait Rolito, des espèces de crabes bipèdes genre tribue africaine; des êtres végétaux, etc... etc... On bossait tous là dessus comme on pouvait. J'avoue que pour moi c'était pas évident; j'avais été engagé au départ à Teamchman pour bosser sur mon projet Mutafukaz, et voilà que je me retrouvais à taffer 8h par jour sur un univers qui m'était complètement opposé, Itland et le petit rasta. Je bossais donc sur Banja la journée,  le soir je devais concilier Mutafukaz et Bamboo Fight, et essayer d'aménager les Week end pour la petite copine... On essayait de faire une réunion par semaine de Bamboo fight. La première c'est bien passée, la deuxième aussi. 9Dan était un peu plus précis sur ses ambitions, il voulait faire le jeu le soirn en dehors des heures de taf, puis le revendre à Teamchman plus tard. Si la boîte n'en voulait pas, adieu veaux, vaches, cochons couvées... Moi j'étais assez perplexe sur ce point. Passons. La réunion d'après ne s'est pas faîtes, l'un de nous avait eu un empêchement...
Puis vint l'ultime réunion de Bamboo Fight... Ce soir là, 9Dan a fait les gros yeux! Il nous a expliqué qu'on était pas là pour enfiler des perles, que Bamboo c'était sérieux, et qu'il avait l'impression que le projet traînait les pieds. Lui il bossait d'arrache-pied là dessus, il avait déjà presque fini le moteur de déplacement du jeu, lui même bien supérieur à "Bwipi", le moteur que Teamchman avait crée pour Banja, véritable mini révolution sur Flash à l'époque... Tout le monde était refroidit de la remontrance de 9Dan, on aurait dit un prof d'université qui faisait la leçon à ses élèves... Je lui ai expliqué ma position, que moi aussi j'avais un projet perso qu'il fallait que je fasse évoluer pour ne pas qu'il meure dans l'oeuf (je deteste cette expression, mais ça dit bien ce que ça veut dire) Sur ce, il m'a rétorqué:
"Run, alors il ne fallait pas t'engager, il va falloir que tu fasses un choix"
J'vais vous dire, j'me sentais mal... Coupable même. On aurait dit mon père qui aurait dit: "Run, tu ne va jamais voir ta grand mère, tu sais elle est vieille..." vous voyez, le truc qui fout bien mal à l'aise... Bref. On a discuté, bla bla bla, il a fait mine de comprendre que c'était pas super évident pour nous d'être à fond tous les jours, et on s'est quitté comme ça.

Le lendemain, je suis allé mangé comme d'hab' avec Yan, 9Dan et Alban (un freelance 3d qui bossait sur Banja lui aussi) au Kebab' rue de Béthune. Il n'existe plus ce Kebab, j'crois qu'il a été remplaceé par un magazin de fringues maintenant... On a bien rigolé, parlé de Banja et de ce qu'il faudrait faire pour l'améliorer, etc, etc... Puis 9dan nous a dit qu'il allait passer le week end à Disneyland avec sa meuf, que ça allait lui changer les idées et lui faire du bien. Avec le recul, je me demande toujours ce qui a bien pu se passer là bas, à Disneyland. Y-est il seulement arrivé? A-t-il été kidnappé par des extraterrestres en chemin... était-ce seulement 9Dan qui est revenu le Lundi à Chman ou un clône alien? A t-il subit un lavage de cerveau là bas, par des agents du KGB déguisés en Mickey et Pluto? On n'en sait rien, et on ne le saura jamais, pour la simple et bonne raison que depuis, il ne nous a plus adressé la parole. Le Lundi notre bonjour est resté en suspend, juste un retour de poignée de main glaciale. Il n'est pas venu manger avec nous le midi, ni le Lundi ni les autres jours d'ailleurs. Plus un mot. Plus un sourire. Plus un bonjour. Juste un masque de cire glacé derrière un écran d'ordinateur.
Je me rappelle avoir dit à Yan: "'faut faire quelquechose avec 9Dan, c'est pas possible, faut lui parler"... Sur quoi il m'avait répondu: "je le connais depuis des années, c'est fini, il nous a rayé de sa tête". Aussi gros que ça paraisse, je vous jure sur ma tête que ça s'est passé comme ça. J'ai pas cherché à comprendre ni à aller au delà... Avec la meilleure volonté du monde, un tel vent galcial qui vous souffle au visage ça vous fige sur place... Quelle machine ce 9Dan! Il nous a rayé de sa tête. C'est excellent ça! En fait ce mec c'est un putain de robot, ni plus, ni moins. C'est lui qu'il aurait fallut envoyer dans le temps pour flinguer Sarah Connors, pas cette tafiolle de Schwarzennegger... Au moins le boulot aurait été bien fait!

ImageQuelques semaines après ce brusque retournement de situation, je me souviens qu'on a eu une altercation avec 9Dan. Rolito s'était remis à fumer devant son bureau, chose qu'il avait arrêté de faire par respect pour 9Dan qui était non fumeur, et que la fumée dérangeait. Pour tout dire moi aussi je suis non fumeur, et j'ai horreur de respirer de la fumée de cigarette, mais pour une fois, par plaisir de provocation et sans doute en attendant une réaction du cyborg 9dan, je l'avais laissé faire. Et là, ses circuits certainement irrités par le taux de nicotine qu'il y avait dans l'air, le robot s'est mis en route! Il s'est lévé et il a dit de sa voix ferme de robot pas content: "Rolito éteins ta clope!" pas de réponse. "Rolito éteins ta clope!" Toujours pas de réponse. Là le robot s'est vraiment enervé, il est allé jusqu'à notre bureau pour être plus prêt de Rolito, et il a dit encore une fois "Rolito éteins ta clope!" Et là je crois que Rolito a lâché un petit "ta gueule". Le robot est passé à la phase 2. Il a dit: "Tu trouves que c'est normal comme comportement?". Moi qui avais le stress qui circulait dans tout mon corps depuis le premier "eteins ta clope", je me suis levé et j'ai dit à Robotron: "et toi, tu le trouves normal ton comportement? ça fait des jours que tu ne nous parles plus sans aucune raison, et là t'ouvres ta gueule pour nous dire ça? Retournes t'asseoir, parce que ça va mal finir!" J'pense que s'il était resté là debout, ça n'aurait pas mal fini de toutes façons, personne n'était disposé à se mettre des baffes pour rien entre le PC, mais il est quand même retourné s'asseoir, la rage au ventre. Personne d'autre n'est intervenu. Je crois que c'est à ce moment qu'on s'est dit que la boîte pourrait ressembler un jour à une ville du Far West où tous les coups étaient permis, vu qu'il n'y avait pas de Sheriff.
Quelques semaines plus tard, 9Dan revendait son moteur de déplacement à Teamchman, qui devint le nouveau moteur de Banja, "Bwipi 2". Quelques mois plus tard, un nouveau graphiste, Paul,  nous venait en aide sur Banja, et dont les soirs furent vite mis à contribution pour bosser sur un le mystique de 9Dan, qui s'appelait maintenant "pelerinage", puis qui fut rebaptisé plus tard "Taotem"... 

Ce qui est marrant, c'est qu'encore plus tard dans l'histoire de la boîte, il y a eu un rapprochement entre nous (Rolito + Dany + Tony+ Yan + Super2) et  l'équipe de 9Dan pour combattre un troisième larron... C'est comme dans toutes les guerres. Si deux ennemis ont un ennemi en commun, ils peuvent s'allier... Ce qui est encore plus marrant, c'est qu'à l'heure ou j'écris ces lignes, 9Dan et le troisième larron, alors qu'ils se détestaient cordialement travaillent ensemble, ils ont même crée leur boîte ensemble... Les mecs comme 9Dan sont des gens à qui on ne peut pas faire confiance, ils ont des probabilités qui circulent dans les veines, et feront tout en fonction de leurs interêts personnels, au dépit de l'affectif. Ils n'ont pas d'amis, juste des partenaires et des collaborateurs.
Pour finir ce chapitre, à l'époque de Bamboo Fight, 9Dan m'avait demandé de faire son faire part de mariage, parce qu'il devait épouser sa compagne à l'été 2001. Je l'avais fait, il s'en est servi, et je n'ai évidemment pas été invité. Je ne lui en veut même pas. Après tout, c'est pas de sa faute... Il a été programmé comme ça.

***Chapitre 4: Un bien curieux personnage***

ImageBanja lancé officiellement, les outils de communication commençaient à s'affuter. Pour tout dire, ils commençaient à s'affuter en dépis du bon sens. On avait fait faire un classeur Banja, qui coûtait une véritable petite fortune, alors même que le scénario global n'était toujours pas défini... Le seul truc qui tenanit la route par rapport à la boîte à mes yeux, c'était le petit dossier de presse carré, avec Wampa en couverture, que Scien avait mis en page et qui présentait tous les projets, de Banja à UMP7 (le gros projet qui devait arriver après Banja, en passant par Georges Bluth, Billy (de Rolito) et même Mutafukaz (qui s'appelait encore Motherfuker à l'époque)... A regarder ce petit dossier de presse de 12x12cm, l'oeil exercé pourrait à coup sûr sentir l'intrus en page 2. Au premier regard, on sent que ce curieux personnage qui a l'air de faire cuire des merguez a quelque chose d'inquiétant dans le regard... Ne cherchez d'ailleurs pas à le reconnaître dans les lignes du haut, chers lecteurs, parce que je n'en ai pas encore parlé... ImageCe mec là ne faisait pas partie de l'équipe, mais c'était devenu la mascotte de la Teamchman. Son doux prénom résonne encore avec une joie mélée d'angoisse dans ma tête: Emile. Surnom: Mimille bien entendu.  Ce mec, c'est la personne la plus dingue que j'ai jamais rnecontré de ma vie. Déjà il avait une présence bien particulière qu'on ne pouvait pas louper. Un physique à mi chemin entre Christophe Lambert dans Greystoke, et Hulk Hogan. Un large front dégarni, les yeux enfoncés dans des orbites menacantes et rapprochées, des dents en moins, et une puissance qui se dégage de chacun de ses mouvements... Je ne parle pas du genre de puissance que pourrait dégager un bodybuilder, non... Cette puissance là était bien plus obscure. Un truc Animal. Une puissance genre Oran-Outang. La première fois que je l'ai vu, c'était dans les anciens locaux. Il racontait à Scien qu'il était dans son lit, la veille au soir, et que d'un coup, en regardant par la fenêtre, il avait vu un monstre qui le regardait. Et puis non, en y regardant mieux, c'était pas un monstre, mais un arbre. Je me suis dit tiens, ce mec à l'air bizarre. Ensuite on m'avait expliqué qu'il n'était pas seulement bizarre, mais très inquiétant. "Tu vas voir si on fait une soirée et qu'il est là, Run, tu vas comprendre..." Et j'ai compris...
ImageJe l'ai vu effectivement pendant une soirée, ou il a passé près d'une heure à se claquer la tête dans un mur pour je ne sais quelle raison. Et ce soir là j'ai eu peur quand entre deux coup de boule dans le placo son regard a croisé le mien. Croiser le regard de Mimile ce serait parfois comme croiser le regard d'un gorille au détour d'un chemin forestier. Tu ne sais pas ce qu'il pense, ni ce qu'il faut faire... Sourir? Tu montres tes dents et il peut prendre ça comme une agression. Se sauver? Il aurait tôt fait de te rattrapper et de te démembrer... En fait il fallait ne rien faire. Ou lui demander si ça aller, à condition d'être prêt à l'écouter raconter des problèmes incroyables pendant des heures. Il était très gentil, Mimille, c'était pas le problème. On pouvait bien rigoler avec lui, il nous faisait marrer des fois avec son air fou-fou et son vocabulaire naïf. Il y avait un peu de Dupontel 1er spectacle dans sa façon de nous parler. Il n'était pas méchant, Mimile, c'était plutôt comme un affreux Jojo qu'on avait envie d'aider... Mais je dois avouer que je me suis dit plusieurs fois qu'il pouvait capable du pire... Le genre border line en permanence, vous voyez le tableau?
Un jour d'été, il est arrivé dans les nouveaux locaux avec les poing gonflés et tachés de sang, complètement en furie. Il tournait en rond, avec ses cheveux qui se relevaient et s'abaissaient sur les côtés, tel un oiseau de feu qui battait des ailes. Ce qu'il s'était passé était tout simple... Dans le foyer où il vivait, il était dans sa chambre avec la fenêtre ouverte. Son compagnon de chambre est arrivé, il a fermé la fenêtre, et il a mis "de la bombe à moustique". Là dessus Mimile est rentré dans une colère noire, il a sauté sur le type et lui a martelé le visage avec ses poings. Il a fallu 3 mecs pour le sortir du foyer. Il nous expliquait ça en criant et en tournant en rond:
"Il a mis de la bombe à moustique! ça se fait pas, hein ouais?! J'l'avais déjà grillé, il m'avait endormi mon briquet un jour!"
Voila, c'était ça Mimile. Des fois il se battait dans la rue, il nous diait que sa technique c'était "le Tigre", il bondissait sur le type, le mettait par terre, et lui défonçait la gueule par terre, en frappant avec le côté du poing, "le marteau" comme il disait.
Vous vous demandez qu'est ce que ce mec venait faire dans une boite multimédia? Ben rien... Il venait faire un tour, raconter ses histoires, taxer des clopes et 100 balles au passage au Boss... Oui, parce que j'ai oublié de dire un truc; Mimile, c'était un ami d'enfance de notre Boss, et comme il était psychologiquement instable (déficiant?), il venait de temps en temps lui taxer un peu de thunes, que le Boss en bon grand frère lui donnait pour être un peu tranquille... Je ne connais pas bien le lien qui les unissait, le Boss en tout cas n'était à l'évidence pas du genre à laisser tomber ses vieux potes de galères, mais ça faisait grincer les dents de l'homme de l'ombre qui ne voyait pas d'un bon oeil les visites courtoises de Mimile. Nous en tout cas on rigolait bien quand il arrivait. Moi il m'appelait "le rapper Delight", parce que j'écoutais du Rap en buvant du Sunny Delight et il avait rebaptisé Rolito "Rolex"...
ImageGrosse parenthèse sur le cas Mimile:
Certaines fin de semaines, on faisait un barbeuc' dans la grande cours qui bordait les nouveaux locaux. On était tous là cette fois là, je me rappelle de l'odeur de l'herbe fraichement coupée mélangée à celle des merguez en train de cuire... Cette fois là c'était pas Mimile qui les faisait griller, mais il était là lui aussi. Je me souviens qu'on était assis en rond, Rolito, Scien, Super2, Kant1 (dont je n'ai pas encore parlé et qui sont arrivés plus tard dans la boîte) et Mimile... On discutait de ce qu'on demanderait à un génie si soudainement il apparaissait devant nous. Comme d'hab' il fallait faire 3 voeux, mais le voeux d'en faire à l'infini ne compte pas, bien entendu (trop faciiile sinon!) On faisait comme ça un tour de piste, et les réponses de Mimile nous ont litéralement scotchés!!!
* Son premier souhait, ça serait de pouvoir se transformer en tourterelle. Il avait eu dans son jeune temps une tourterelle apparemment, qui s'appelait "cheuchon" et qui mangeait de la mimolette ("Cheuchon, tu vois quoi? Cheu comme cheu, tu vois quoi? et chon comme chichon...")
Il voulait donc pouvoir se transformer en tourterelle, pour pouvoir voler dans le ciel, repérer une bijouterie, foncer dessus en piqué, casser la vitrine avec son bec, enfiler un collier précieux d'un petit coup sec (comme il nous l'a fait c'était à mourir de rire), et repartir vers le ciel avec le collier au cou, au nez et à la barbe de la police médusée... C'était tellement marrant comme idée qu'on en avait fait une anim' flash par la suite, avec Rolito et Super2, pour le Flash Festival à Beaubourg.
* Son deuxième souhait, pour être tout à fait honnête, il était un peu obscur, et plus encore quand j'essaie de me le remémorer aujourd'hui... Il était question de pouvoir changer d'age, devenir tantôt enfant pour bénéficier des tarifs réduits, tantôt adulte pour aller aux putes, bref un souhait un peu brouillon...
* Par contre le troisième souhait, celui qui nous a tenu en haleine tout le reste de la soirée, je m'en souviens très bien! Il est simple et efficace. Mimile nous a dit qu'à sa mort, il souhaiterai être incinéré, et qu'on jette ses cendres dans la mer pour...(comment dire ça simplement? bah utilisons ses propres mots)... entrer dans la chattes des meufs qui nageraient là.
C'était ça son ultime souhait. Vivre sa vie éternelle de mort, en état de cendres, dans le vagin des femmes. Et il voyagerait comme ça, au gré des vagues, de vagins en vagins, ad vitam aeternam... Nous on était sidérés! On disait à Mimile: "et tu ne t'arrêterai donc jamais?" Si, bien sûr, il s'arrêterai. En fait dans sa tête le concept était bien ficelé. Dès lors que la fille hôte à son insue sortait de l'eau, c'était tout, il était coincé. Alors il s'installait tranquillement il attendait qu'elle retourne à l'eau.
Alors nous on lui disait: "Bon Mimile, imagine toi que la meuf, ce soit son dernier jour de vacances. Finito la playa, comment ça se passe? Tu vas devoir attendre 1 an qu'elle retourne en vacances? Et si elle va à la montagne? Tu ne sais pas combien de temps tu peux rester coincé là dedans?! Lui il avait réponse à tout: "ben c'est simple, à un moment j'attends qu'elle prend sa douche, pis là j'm'ejecte!" en effect, c'était imparable. Et là dans les canalisations générales des eaux, il voyagerait, vif comme une anguille, et se frayerait un chemin jusqu'à un "autre tuyau de douche" comme il disait, et rebelotte. Clair, Net, et infiniment précis. Direct dans la chatte.
C'était trop parfait comme plan. Nous on voulait le coincer. Alors on imaginais toute une série de scénarios improbalbes pour trouver la faille. Impossible.
"Mimile OK on a bien compris. Maintenant écoute nous, c'est important. Si la femme dans laquelle tu es va voir un gynéco, comment tu fais? PARCE QU'IL VA TE VOIR!!! Lui il était paisible de ce côté là. De là ou il serait, il écouterait bien évidemment l'environnement de son hôte. Il nous a dit: " Mettons que la meuf elle doit aller voir son gynéco, elle le dis à sa copine, mettons Martine, pis moi j'l'entend et pis quand c'est la date ben j'remonte dans ses seins." Hop là!
"Mimile imagine que l'eau ne soit pas trop claire, tu crois que t'arrive dans la chatte d'une meuf et en fait c'est le cul d'un mec?" Là il paniquait quand même... "YA PAS MOYEN! ALORS LA PAS MOY' SERIEUX!" "Ouais mais imagine! c'est possible... "Ouais ben j'm'ejecte direct!" Oui mais si c'est à la piscine et que son slip est trop serré?? "Ben tant pis, je force mais je m'ejecte!!! Y'a pas moyen".
Bref c'était une soirée riche en poésie et on a bien rigolé. Quand j'imagine Mimile en cendre je repense à la bande annonce du remake de "La Momie", où à un moment dans la tempête de sable on distingue les traits du méchant par amas de poussières... Ben là ça ferait pareil, mais avec la tête de mimile et en version aquatique. J'imagine bien qu'il aurait un sourire béat aussi...

Souvent, la semaine, Mimile passait nous voir. En vérité, il venait taxer le boss de 100 balles, et pour amortir de déplacement il nous tapait la causette, à moi et à Rolito, pendant au moins deux heures. L'homme de l'ombre ne voyait pas ces visite d'un très bon oeil, surtout quand Mimile nous chantait un "Remix" de son cru, à voix haute, genre 7/10. 7/10 ça veut dire qu'il chantait quand même fort. 5/10 c'était moyen. Et 10/10 on l'a jamais eu, mais vu le 7/10, ça devait être radical ! Mimile avait un code chiffré pour tout. Qu'il s'agisse de sa santé  ( -"ça va , Mimille ? -Ouais, bof, 4/10" ), à la puissance de sa voix (-"parle moins fort Mimille... -combien ? 6/10 ou 5/10?" ) en passant par ses goûts divers et variés (-"putain NTM c'est d'la boulette, c'est du 10/10 (il disait "dix-dix" )) Donc il nous chantait des remix. Je m'en souviens d'un en particulier, il avait mélangé "la fièvre" de NTM avec "Morenas" de Lord Kossity". ça donnait:
"Morenas, Morenas, Morenas, la la la-la-la la fièèèèèèèèèèèèèvre"
Nous on était plié en quatre. C'était vraiment tordant de le voir faire comme si il faisait un scratch ou je ne sais quoi...

Un fois aussi était mémorable. La boîte s'était considérablement aggrandie. Et s'étaient joints à notre petite Team Kant1 & Super2... Une fois, avec Super2, on avait fait croire à Mimile que Kant1 était super balèze en arts martiaux, d'un genre tout à fait nouveau. On avait fait croire à Mimile que  Kant1, qui n'avait absolument rien d'un physique de guerrier, pouvait d'une seule main réduire à néant tout aggresseur potentiel. Je me souviens que Kant1 était derrière son bureau et qu'il en rajoutait un peu, dans le style mystique. Et on sentait le doute s'insinuer dans l'esprit de Mimile, qui lui, par contre, était un véritable barbarre dans le genre... Puis il a certainement voulu voir de ses yeux ce qu'on était en train de lui raconter. "Fais voir comment tu fais, grand", il a lancé à Kant1, qui du coup la jouait beaucoup moins mystique. Alors on a joué le jeu, on a servi de "cobayes" à Kant 1 pour montrer à Mimile cette fabuleuse technique.
Chacun son tour, Super deux et moi on faisait mine d'attaquer K1, qui d'un geste grostesque nous tordait le bras, avec nous qui faisions dans le grandguignol en nous agenouillant, le bras dans le dos, en criant comme des gogols... Et là, contre toute attente, Mimile était impressioné. Scotché de voir Kant1, qui avait l'air si innofensif pour lui, se reveler être une espèce de maître d'un kung fu plus qu'improbable... Kant1 était tout fier, et en rajoutait des caisses, genre: -"alors Super2, ça t'as suffit", ou "Run ça va être ta fête"... On avait fini la petite démonstration après 4 ou 5 prises, kant1 avait les bras croisés genre "je suis le plus fort", quand j'ai dit à Mimile: "Vas y Mimile, à ton tour d'attaquer Kant1"... Le visage de Kant1 est passé du jour à la nuit en un clin d'oeil, il est vraiment devenu blanc comme un linge, et il disait: "non les gars, on arrête"... Le plus marrant dans tout ça, c'est que Mimile lui même ne voulait pas aller se frotter à Kant1. On disait "Allez Mimile, à toi !", et il disait "Non, c'est bon, j'ai vu"... ça fait qu'on avait les deux gars, Mimile et Kant1, complétement flippés l'un de l'autre qui se regardaient dans les yeux avec chacun la peur au ventre. Nous pendant ce temps là, on était pliés de rire.

***Chapitre 5: Une réputation pas volée***

Il y a un truc qu'il faut savoir, c'est qu'à l'époque, il y avait pas mal de rumeurs concernant une éventuelle circulation de substance illicites chez TeamChman... Moi je croisais souvent des mecs qui me disaient: "pffou !!! Il paraît que ça fume, chez vous"... ou bien: "c'est vrai que vous fumez même au bureau pendant que vous bossez ?"... Alors je vais mettre un hola à tout ces "on dit": Je n'ai jamais fumé quoi que ce soit, qu'il s'agisse de cigarettes, de cigares, de shit, d'herbe ou de crack... Jamais en tant que fumeur passif du moins. Parce qu'effectivement, la rumeur était plus que fondée, et je dirait même bien bien en dessous de la vérité.
C'était de notoriété publique; chez nous, ça fumait sévère... Preuve en est l'article paru dans Libération, où le dessin d'illustration qui prenait une pleine page montrait Banja, notre petit rasta, chevauchant un joint volant ( ?? ), comme une sorcière chevaucherait son balais, sauf que si le balais de la sorcière offre une habituellement une trainée de poussière magique scintillante, Banja lui dispersait, dans l'illus, des petites feuilles de canabis. Et il levait fièrement son pouce, l'air de dire: "ouais, gros ! j'suis fonce-dé, et c'est vraiment top". A mon avis ça fumait aussi au bureau chez Libé. Moi mon pouce je le levais pas vraiment, j'étais pour le moins entouré de fumeurs, qui s'allumaient un joint de temps en temps, jamais en même temps, ce qui fait que toute la putain de journée je respirais les vapeurs d'herbe des uns et des autres. Autant dire que des fois je devais planer sans le savoir. Alors oui, ça fait bizarre d'imaginer ça aujourd'hui, avec la loi Evin et tout... Mais à l'époque, on avait le droit de fumer au bureau, et les non-fumeurs qui s'en plaignaient passaient pour des vieux reac', ou des pleureuses. C'est donc avec résignation qu'on souscrivait à notre capital cancer. Et chez Teamchman, non seulement on avait le droit de fumer au bureau, donc, mais au dessus des lois, on avait même le droit de fumer de l'herbe. ' Manquait plus que le dealer du coin passe dans les bureaux pour fournir les employés. Putain là ça aurait été vraiment délire, non ? Et ben c'est ce qui a fini par arriver, tout simplement.
Sauf que le "dealer du coin" n'était autre qu'un employé, qui avait commencé par "dépanner" les gars en rade, et qui était au fil du temps devenu le dealer officiel de toute la boîte. Et ça, il fallait pas être devin pour le savoir. Certain matin, il arrivait carrément avec un saladier, un putain de saladier en verre teinté, plein à craquer de têtes de beuh. On aurait dit qu'il allait faire une ouf de salade de brocoli ! Ou alors qu'il allait faire une maquette de malade, avec plein de petits arbres miniatures... Et pis tranquillement, il s'installait derrière son bureau après être passé dans une boîte voisine (Edito) se servir en enveloppes, et emprunter au passage le pèse-lettre. Puis il pesait ses têtes de beuh, les mettait dans des enveloppes nominatives, et faisait ensuite la distrib', comme un bon vieux facteur, dans toute la boîte. De temps en temps, on recevait un mail général provenant d'Edito, qui disait: "Prière de ramener le pèse-lettre chez Edito, merci !" En fait à l'époque ça me paraissait normal. Mais avec le recul, j'me dis que c'était vraiment un autre monde...


***Chapitre 6: Tartuffe & l'homme de l'ombre***

2000: Teamchman a été nominée comme "la boite la plus hype du monde" dans je ne sais quel magazine spécialisé Anglais. Autant dire qu'on était tous aux anges... J'avais beau avoir mis en veilleuse mon projet Mutafukaz pour Banja, je ne pouvais pas me plaindre de bosser dans la boîte la plus hype du monde, quand même... Alors moi aussi j'étais heureux. Le boss aussi. Un peu trop peut être, par ce que c'est le moment où ses pieds on commencé a quitter le sol, il me semble... C'est aussi à cette année là que l'homme de l'ombre a commencé à s'insinuer de plus en plus dans les affaires de Teamchman. Avant, il avait son bureau dans une de ces autres boîtes, voisine de la notre. Mais là, il est arrivé chez nous, avec son mastar bureau, en plei milieu du studio. A l'époque ça avait été assez mal pris, je me rapelle. "qu'est ce qu'il vient faire ici ? Il nous surveille ou quoi ? Qu'est ce qu'il va piger à ce qu'on fait ?", blabla... C'est aussi à cette époque que Mimile a eu la consigne d'un peu moins passer.
  A suivre...

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